L'orgue de la Cathédrale, une cure de jeunesse

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Dimanche 29 mai 2007, arrivée du facteur d'orgues Michel Jacques en provenance de Saint-John's pour un séjour de 2 jours. But de sa visite, redonner à l'orgue de la cathédrale de Saint-Pierre, seul instrument à tuyaux de l'Archipel, une cure de jeunesse. Il en a bien besoin notre bel instrument, le dernier passage d'un tel technicien remontant à près de vingt ans.

Michel Jacques termine un voyage de 3 semaines à Terre-Neuve, périple qu'il a commencé à Corner Brook dans l'ouest puis à travers toute l'île jusqu'à Saint-John's et au cours duquel il aura pu "réaccorder" une vingtaine d'orgues. Celui de Saint-Pierre est son dernier avant son retour au Québec. Michel est facteur d'orgues depuis une trentaine d'années et travaille pour la firme canadienne CASAVANT de Ste Hyacinthe fondée en 1879 au Québec.

Quelle chance pour notre orgue puisque celui-ci a été construit par cette même firme voila bien des années. En 1935 exactement et il porte le numéro 1510. Pas de secret donc pour Michel et pourtant oui, quelque chose lui parait bizarre dès son arrivée à la tribune. Si l'orgue est bien un CASAVANT, le buffet l'intrigue. Ce n'est pas le style de la firme Canadienne. C'est Monsieur Jean-Paul BRIAND qui nous donnera l'explication.


Le buffet avec sa façade en zinc aujourd'hui muette est antérieur à la partie instrumentale et appartient au premier orgue, un MUTIN CAVAILLE COLL construit par la célèbre maison parisienne. Mais pourquoi un nouvel orgue en 1935, le premier devait avoir à peine une trentaine d'années d'existence. C'est le Foyer Paroissial qui nous l'apprend.






Foyer Paroissial n° 134 - 15 janvier - 15 février 1935
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L'orgue de notre église

Notre orgue a fini son temps! Acquis d'occasion par Monseigneur Légasse après la reconstruction de l'église. Il avait dû, plusieurs fois, passer entre les mains des " facteurs ". Monseigneur Oster l'avait fait ausculter (sic) par deux ouvriers américains qui par contre coup, auscultèrent (sic) la bourse à tel point qu'il eut des remords d'avoir essayé le raccommodage. Au temps de Mgr Heitz, son frère M Camille examina attentivement pédalier et soufflerie, clavier et tuyaux et conclut à l'impossibilité de lui redonner longue vie : c'était l'usure de la vieillesse. Depuis cahin-caha, il avait accompagné nos chants, manié (avec quelle douceur maternelle) par Mère Marie des Victoires. Il n'en peut plus et le Clergé de St-Pierre envisage sa mise à la retraite définitive et son remplacement. Certes la Fabrique fera tout son possible pour payer un orgue convenable, quoique de dimensions plus modestes. Mais nous avons bien peu en caisse. Est-ce prudent d'engager l'avenir ?
Abonnés. Amis, si vous le pouvez, envoyer-nous votre obole pour l'orgue de notre église.

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Premier travail pour Michel : ouverture des panneaux du buffet, démontage de quelques tuyaux de la façade pour accéder au cœur de l'instrument ; même chose pour la console, pupitre de commande de l'organiste, construite en chêne. Cette première tâche nous permet de découvrir des centaines de tuyaux, les uns en alliage d'étain et de plomb (étoffe), les autres en bois, en tout près de 800.


Photos ci-dessus : jeux "Doublette et Mixtures du Grand Orgue". Les différents gros conduits gris visibles sur le dessus alimentent les sommiers du Récit en air à partir de la soufflerie principale.


Photo à gauche : jeu "Montre du Grand Orgue" (tuyaux en étoffe) et jeu "Flûte" du pédalier (tuyaux en bois)




Photo à gauche : tuyaux en bois avec soupapes visibles dans le bas de chaque tuyau. La soupape sert à régler la force de la note en limitant l'entrée d'air, la justesse de la note étant réglé par le pliage d'une plaque métallique au-dessus de chaque tuyau


Photos de droite : encore des tuyaux en bois du Grand Orgue. Ceux-ci s'accordent en tirant ou poussant sur la bague (genre de manche) qui coulisse dans le tuyau ; permet de diminuer ou d'augmenter la hauteur de la note







Autre particularité, encore des centaines de mètres de tubes, longs conduits en plomb courant de la console aux différents composants du buffet. En effet l'orgue de Saint-Pierre est à transmission pneumatique et fonctionne exclusivement avec de l'air fournie par une soufflerie électrique. En cas de panne un soufflet (en bois et cuir) peut être actionné manuellement.


La transmission pneumatique, technique datant du début du XXe siècle, permet de transmettre les commandes de l'organiste (jeux et touches) aux soupapes qui commandent l'admission du vent dans les tuyaux sonores et donc la production de sons. Très complexe, cette technique facilite le jeu, l'appui sur les touches mais a aussi des inconvénients et en autre est très sensible et instable nécessitant un réglage très précis.


La première journée est consacrée au "réaccordage" de l'orgue, c'est-à-dire de chaque tuyau : hauteur de la note et de son intensité. Travail fastidieux quant on sait qu'il en existe près de 800 commandés par deux claviers de 61 notes et un pédalier de 32 notes. Tous les réglages se font à l'oreille, Michel se faufilant tant bien que mal dans le buffet dans des positions parfois difficiles et Jean-Paul au pupitre répétant inlassablement chaque note, pour certaines plus d'une dizaine de fois. Tous les tuyaux sont ainsi réajustés. Il faudra cependant quelques astuces de la part de Michel pour quelques tuyaux en bois récalcitrants mais vite corrigés à laide d'un trombone pour l'un, un morceau de fil électrique pour un autre et même un morceau de bardeau, une pointe et quelques coups de marteau pour un troisième.


Un autre point faible de notre orgue, à corriger, se situe au niveau de la rapidité de l'action de chaque touche de chacun des claviers et du pédalier. Si la transmission pneumatique facilite l'enfoncement de chaque touche des claviers, l'éloignement de la console du buffet cause un certain délai au niveau de la réponse. Ainsi plusieurs heures seront encore nécessaires pour ces réglages. Cette fois-ci c'est Loïc qui est au pupitre tapant de nouveau inlassablement et très rapidement sur chaque touche des deux claviers et du pédalier en combinant les différents jeux. Michel quant à lui effectue la correction à l'aide d'un tournevis en tournant tantôt à gauche tantôt à droite une multitude de vis situées à la base et à l'intérieur du buffet.


L'air fourni par la soufflerie est envoyé dans des caissons en bois que l'on appelle sommiers. Des trous pratiqués dans la partie supérieure des sommiers reçoivent le pied de chacun des tuyaux. Sur la photo ci-dessus au premier plan, le jeu Mixture du Grand Orgue.




A droite : le soufflet avec sa commande manuelle en cas de panne. Un ventilateur électrique accumule de l'air sous pression modérée dans ce soufflet rectangulaire dont les côtés extensibles comportent des plis en cuir. Il ressemble ainsi à un accordéon posé verticalement. La table supérieure est donc mobile, des ressorts métalliques fixés sur le dessus règlent la pression d'air dans ce réservoir. Lorsque l'orgue joue, le soufflet a tendance à se vider. Dans son mouvement de descente, la table supérieure commande une soupape, la boite à rideau, qui introduit la quantité d'air appropriée pour reconstituer la réserve de vent.


Le travail de Michel se termine, il n'est ici que pour deux jours seulement et tout ne pourra être révisé en si peu de temps. Il en profite tout de même pour effectuer quelques réajustements des commandes de registres (dominos basculants) sur le pupitre, la remise en place du pédalier et au démontage d'une soupape défectueuse pour vérification de l'état de cette dernière. Tâche encore délicate puisque ces organes de l'orgue, des centaines, n'ont jamais été démontés depuis la fabrication de l'instrument. Le diagnostique est bon : état parfait des membranes en cuir et autres composants.

En fait, c'est l'orgue tout entier qui se trouve en très bonne condition générale. On aurait pu penser le contraire puisque la Cathédrale est rarement chauffée et que l'humidité y est très importante. Monseigneur Fischer est heureux d'apprendre la nouvelle.

Tout ce travail sera récompensé quelques jours plus tard à l'occasion d'un concert interprété par David DRINKEL, organiste de renommée internationale invité par le Centre Culturel et Sportif.


Et pour finir voici les différents éléments et jeux de l'orgue :

Sa console, elle comporte : La distribution des claviers manuels varie selon les facteurs. Pour cet instrument, nous avons de bas en
haut :

* La pédale dite "de Crescendo" ne fait que tirer les registres un à un, dans un ordre donné, quand on l'enfonce, et les retirer dans l'autre sens.

** Tous les tuyaux de ce clavier sont enfermés dans une boîte appelée "Boîte expressive" et dont un des côtés (face avant) est constitué de jalousies commandées par une pédale à la console. Pour augmenter le son, on appuie sur la pédale d'expression et les jalousies s'ouvrent.



Texte et photos : Loîc DETCHEVERRY / Mise en page : Emmanuel DETCHEVERRY
Juin 2007