En quelques traits rapides, voici le tableau d'un siècle d'apostolat des Sœurs St Joseph de Cluny .........................aux îles de Saint Pierre-et-Miquelon.

Extrait du discours prononcé lors de la cérémonie officielle du centenaire de l'apostolat dans l'année 1926.retour

 

…. Elle est toute simple l'histoire que je vais vous narrer… Les cœurs simples y sont légions. L'héroïsme fleurit comme d'instinct. Nos héroïnes n'ont rien de guerrier. Je ne les vois pas à cheval, portant la lance et la cuirasse, avec une allure martiale, pourtant tout comme la bonne lorraine, elles sont à la fois filles de France et filles de Dieu ; comme elle aussi, elles entendirent, à la fleur de leur adolescence, les voix du ciel…Au lieu de songer à se créer un foyer, là-bas, comme tant d'autres, elles ont tout quitté, elles ont franchi l 'Océan, pour venir dépenser leur existence sur ce Roc solitaire, au sein de la Mer ténébreuse. Elles sont venues, non point, tenter le fortune, mais soigner délicatement vos chers malades et faire l'éducation toute maternelle de vos petits enfants…

…C'est à l'initiative du Comandant Borius qu'est du l'admission des Sœurs dans la colonie et l'organisation des premières œuvres qui lui furent confiées…Désignées pour cette fondation nouvelle, deux jeunes religieuses, l'une avait 28 ans et l'autre 22, firent voile vers St Pierre … Le 20 juillet 1826 ; les habitants acclamaient joyeusement la béarnaise, qui, partie de Toulon le 7 avril, entrait au Barachois après 104 jours de traversée. Tous les regards se portaient vers deux religieuses à la robe azurée, qui venaient révéler aux pêcheurs du Banc le grand cœur de la Mère Javouhey : " vous savez que c'est là bas qu'on pêche la morue leur avait dit la Mère Fondatrice, il y fait grand froid, mais on n'y est jamais malade, que par accident !….

… C'est à la date du 6 août 1827, que la communauté religieuse de St Pierre fut définitivement constituée avec Mère Xavier Lucarelle pour Supérieure. Les premiers 25 ans ont vu surgir les œuvres essentielles, aux prix d'efforts soutenus… Les religieuses se dévouèrent à l'hôpital et aux écoles … Les soeurs St Joseph de Cluny ne firent que répondre aux appels réitérés des pouvoirs publics, contraints eux-mêmes de se prêter au vœu unanime de la population. Une tâche aussi ardue, épuise fatalement les plus résistantes. Après 10 ans la première Supérieure fut admise par le Divin Maître à prendre son repos. Ce fut pour la colonie une perte irréparable ? La sœur Dosithée, sa fidèle compagne, ne tarda pas à la rejoindre…

.. D 'autres religieuses sont venues depuis, nombreuses et empressées, à mesure que les œuvres se développèrent. Les figures les plus remarquables, sont sans contredit : Mémé Victoire, la Mère Marie-Joseph et la vénérée Soeur Césarine. "Mère Marie-Joseph Vernet, marqua de sa forte empreinte tout le bien accompli dans ce pays, pendant un demi siècle (1840-1891). Nous lui devons particulièrement deux grandes œuvres d'utilité publique : Le pensionnat, fondé en 1858, et l'ouvroir Saint Vincent, qui fut le bercail des pauvres orphelines, pendant 40 ans. " " Depuis le 2 novembre 1837, pendant cinquante deux ans, sœur Victoire accomplit sans relâche, sans aucun moment de faiblesse, la mission à laquelle elle s'était vouée corps et âme. C'était une femme de valeur. " Docteur Saffre, chef de service de santé.

Au cours du siècle écoulé, les œuvres Saint-Pierraises ont du subir le contrecoup des événements, tour à tour favorables, ou hostiles, sans que jamais les patientes ouvrières aient songé à se relâcher de leur charitable labeur. Sur 113 religieuses, venue dans cette colonie, une vingtaine, après un laborieux ministère, reposent au milieu de nous, en attendant la Résurrection des Bienheureux. D'autres furent appelées par l'obéissance à se dépenser sous des cieux plus cléments. Mais leur séjour, plus ou moins prolongé dans la Colonie, y fut toujours fécond. Que leurs noms, à elles aussi, soient bénis de notre population reconnaissante.

" La bonne et placide Sœur Césarine, fut à bonne école près de Mémé Victoire. Arrivée dans la Colonie, en septembre 1869, pour le service de l'hôpital militaire, sœur Césarine , qui avait déjà à son actif une campagne en Chine, fut l'ange consolateur des infortunés matelots échoués à l'hôpital. " Avec un dévouement inlassable, une indulgence vraie, une bonté active et toujours souriante, elle prodigua pendant de longues années, à tous les malades, quels qu'ils fussent, ses soins éclairés et toujours réconfortants, et s'imposa au respect et à l'affection de tout le personnel médical qui se succéda pendant cette longue période ". Médecin de l'hôpital. La bonne sœur Césarine avait su se faire une âme de matelot : elle aurait pu dire à son tour :

Je connais tous les noms des agrès et des mats

……………………………………………….

Le tonnage et le fret des vaisseaux qui reviennent, Et le sort des vaisseaux qui ne reviendront pas.


Pendant les trente cinq ans qu'elle passa au chevet des malades, Sœur Césarine fit sept quarantaines au Lazaret, au temps d'épidémie de variole. En arrière de la pointe Nordet de l'île-aux-chiens, s'étend une terre déserte qui a la forme d'un croissant, ouvert du coté de la Rade. C'est l'ancienne île-aux-bours, devenue l'île-aux vainqueurs. Face à l'océan, ce ne sont que masses rocheuses, accores, battues et rongées par la houle ; tandis que le versant opposé descend en pente douce vers la mer et se couvre d'un mince gazon qu'une chèvre tondait en un jour. Dans ce creux de rivages, à l'abri d'un cap minuscule, sont blotties les quelques cabanes qui furent le lazaret. On y est on ne peut plus séparé du monde et quiconque s'y trouve à grande hâte d'en sortir. On pourrait sûrement appliquer à ce lieu sinistre les paroles fatidiques :

Lasciate ogni speranza, voi ch'entrate !" abandonnez tout espoir, vous qui entrez ici. " Et pourtant, l'espérance y pénétra plus d'une fois, ainsi que la charité, avec la blanche cornette de Sœur Césarine , qui se fit, au péril de ses jours, la servante des pauvres varioleux. Elle s'estimait " la plus heureuse du monde de remplir une si belle mission où il n'y a rien pour la nature ", et elle écrivait à ses Supérieures : " Mon seul désir est de me dévouer et de me sacrifier jusqu'à la mort au service de l'obéissance ". ces paroles qui sont l'écho de sa belle âme, mériteraient de figurer en lettres d'or sur la tombe de sœur Césarine. On lui décerna deux médailles d'or de première classe, trois diplômes avec médailles d'argent, qui allèrent rejoindre dans une ombre discrète les décorations de Mémé Victoire .

 

...............

......ancien hôpital .........................................Port de St Pierre

Dessins à la plume de Mère Marie-Joseph

 
accueil

retour